samedi 30 novembre 2019

« Bonnet blanc, Blanc bonnet ; Franc CFA Eco, Eco franc CFA ! »





France se dit d'accord pour une réforme du franc CFA avant la fin de l’année. Réforme qui donnerait à terme naissance à une nouvelle monnaie "l’Éco", qui devrait entrer en vigueur en 2020 dans quinze États d’Afrique de l’Ouest. Huit pays vont abandonner le franc CFA et les sept autres leur monnaie nationale.

« En 2020, l’ECO, la nouvelle monnaie adoptée par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), remplacera le Franc CFA, mais il n’y aura pas de changement immédiat de parité avec l’euro », a précisé le président Alassane Ouattara, au terme de la 21ème Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA).
« Si l'ECO venait à être adoptée en 2020, il n'y aura pas de changement de parité entre le franc CFA devenu ECO et l'euro. Aujourd'hui le taux de change de l'Euro par rapport au franc CFA est de 655,9 FCFA. Si les chefs d'État décidaient d'ici l'an prochain de changer le franc CFA en l'ECO parce que nous avons respecté tous les critères de convergence, le taux de change ne changera pas dans l'immédiat », a-t-il déclaré lors du point de presse, rapporte APA.

Sept chefs d'État sur huit que compte l’UEMOA, ont pris part à ce sommet. Il s'agit des présidents Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire), Christian Kaboré (Burkina Faso), Faure Gnassingbé (Togo), Mahamadou Issoufou (Niger), Ibrahim Boubacar Keita (Mali), Patrice Talon (Bénin) et Macky Sall (Sénégal).
Le Franc CFA, Fabriqué en France et utilisé en Afrique. Aujourd’hui présent dans 15 pays africains.
-          La communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) qui comprend le Cameroun, la Centrafrique, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.
-           L’union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui regroupe le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin et la Guinée-Bissau.


L’acronyme CFA signifie désormais « coopération financière en Afrique » pour la première union monétaire et « communauté financière africaine » pour la seconde union monétaire. Le franc CFA est également utilisé aux Comores.
Devons-nous lutter pour une nouvelle monnaie ou la suppression des accords liants le Franc CFA et le trésor Français ? Voyons ce que dit les accords :
Créé en 1945, le franc CFA est aujourd’hui rattaché à l’euro, à un taux de change fixe et suit les variations de la monnaie unique. Et pour garantir cette parité fixe, les pays de la « zone franc » doivent déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français.
« Il existe un accord entre le Trésor français et les banques centrales africaines des deux unions monétaires », explique l’économiste Samuel Guérineau, spécialiste d’économie du développement au CERDI (Université Clermont Auvergne). Concrètement, les banques centrales africaines ont un compte auprès du Trésor français : si elles ont besoin d’euros, le Trésor français leur prête. « C’est une autorisation de découvert, qui donne accès à un financement d’urgence », résume Samuel Guérineau.
Kako Nubukpo, économiste togolais et auteur du livre : « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire » et de « L'Urgence africaine : Changeons le modèle de croissance ! » Paru en septembre 2019. À qui profite le franc CFA ? Avançait lui aussi d’autres explications dans les colonnes du Monde, en septembre 2016. « Nous souffrons d’une mauvaise gouvernance chronique et il faut sortir de la « protection » qu’offre le CFA. Il a un effet anesthésiant car même en gérant mal les économies, les gouvernants sont sûrs que Paris sera toujours là pour couvrir leurs errements », expliquait-il alors. Avant de soulever un autre élément lié à l’enrichissement des élites africaines : « Puisqu’il n’y a pas de limites à la convertibilité, les élites locales ont tout loisir de placer leur argent sur un compte étranger ou d’acheter un appartement parisien. C’est le point central ».
Un sujet très « sensible » en France
La question du franc CFA alimente également le débat dans l’Hexagone. Un sujet sensible et indissociable du passé colonial de la France. Lors de son dernier déplacement au Tchad, en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen avait déclaré « les plaintes des États africains qui considèrent par principe qu’ils doivent avoir leur propre monnaie et que le franc CFA est un inconvénient à leur développement économique ». Elle ajoutait alors : « Je suis tout à fait d’accord avec cette vision », déclarant son intention de rompre avec la politique de la « Françafrique ».
Un peu plus tard, en avril, l’ancien ministre de l’Économie Michel Sapin avait également abordé le sujet à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à l’issue d’une réunion avec ses homologues d’Afrique de l’ouest et centrale de la « zone franc ». « Le franc malgré son nom est la monnaie des Africains, ce n’est plus la monnaie de la France, il a disparu en Europe. Sur toutes ces questions-là, c’est aux Africains de se prononcer et ce n’est pas à nous de le faire à leur place », avait-il déclaré.
Quant à Emmanuel Macron, sa dernière intervention sur le sujet : « Le choix (d’abandonner ou non le franc CFA, NLDR) appartient d’abord aux Africains eux-mêmes. Je note qu’en général les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires (Afrique centrale et Afrique de l’Ouest) qui constituent la zone du franc CFA et qui contribuent à la stabilité économique et à l’intégration régionale. Je serai entièrement à l’écoute des souhaits de nos partenaires dans ce domaine de coopération exemplaire », avait-il dit dans les colonnes de Jeune Afrique.
Mais Samuel Guérineau semble contredire macron « La zone franc est aussi un instrument d’influence qui donne du pouvoir à l’État français. C’est du « soft-power » et ça maintient une relation particulière avec l’Afrique ». Pour rappel, des représentants français sont présents dans les organes des banques centrales africaines même s’ils sont peu nombreux – un ou deux – et n’ont pas de droit de veto.
 En ce qui concerne mon avis personnel sur la question du franc CFA, la question du franc CFA et son abandon remonte dans les années 1960 et a coûté la vie à plusieurs dirigeants Africans.
Si l’Afrique de l’Ouest adopte en 2020 l’Eco à la place du franc CFA, sans renoncer l’accord qui lie le franc CFA et le trésor français, alors c’est juste un Changement de nom que les luttes anti franc CFA ont obtenu. Convergeons nos luttes sur le renoncement des accords qui lient le franc CFA et le trésor français car c’est ces accords qui posent problème et non le nom franc CFA.